Copilot Wave 2 : quels enjeux réels pour les dirigeants de PME ?

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1. Introduction : beaucoup de bruit, peu de clarté pour les PME

Microsoft pousse une nouvelle vague d’IA dans son écosystème avec « Copilot Wave 2 », centrée sur des agents multiples qui coopèrent et des possibilités de personnalisation avancée.

Pour replacer ces annonces dans le paysage global des géants de l’IA, on peut utilement consulter Les grandes entreprises de l’intelligence artificielle : comprendre les acteurs, les rôles et les rapports de force.

Pour un dirigeant de TPE/PME, le message est confus : entre « orchestration multi-agents », « tuning d’agents » et « apporter ses propres modèles », difficile de savoir si c’est une vraie avancée utile… ou un étage de plus dans la fusée marketing.

Objectif de cet article : clarifier ce qui est réellement sur la table, ce que cela peut apporter (ou pas) à une entreprise normale, et vous aider à décider : ignorer, surveiller, tester, ou investir.

2. Ce qui a réellement été annoncé

Microsoft a présenté trois évolutions clés autour de Copilot pour Microsoft 365 :

Orchestration multi-agents

Plusieurs « agents » Copilot peuvent désormais coopérer sur un même flux de travail : chacun gère une partie de la tâche, de manière coordonnée, dans les outils Microsoft (Teams, apps 365, etc.).

Tuning des agents via Copilot Studio

Les entreprises peuvent ajuster le comportement des agents avec leurs propres données et processus métier (juridique, finance, marketing, etc.), via un environnement no-code/low-code. Microsoft insiste sur le fait que ces données ne servent pas à réentraîner les modèles de base.

Apporter ses propres modèles via Azure AI Foundry

Il devient possible de brancher des modèles IA propriétaires ou tiers dans Copilot, pour les faire travailler dans le même cadre de sécurité, de gouvernance et d’outils (via Azure).

Ces capacités sont pensées pour s’intégrer à l’écosystème Microsoft 365 et Azure, avec un déploiement graduel orienté d’abord vers les entreprises déjà clientes de ces solutions.

3. Pourquoi tout le monde en parle

Plusieurs raisons expliquent le bruit médiatique :

Positionnement stratégique de Microsoft

Microsoft veut s’imposer comme la plate-forme d’IA de référence en entreprise. L’idée des « agents qui coopèrent » est facilement mise en scène dans des démonstrations : onboarding automatisé, gestion de projet, coordination inter-départements, etc.

Narratif séduisant pour les dirigeants

Le discours est simple : « vous avez plusieurs assistants spécialisés qui se coordonnent pour vous ». Cela flatte l’idée d’une automatisation intelligente des workflows, sans avoir besoin de développer du code.

Pour mieux cadrer ce que recouvre concrètement cette automatisation, voir Les outils d’automatisation : comprendre les bases.

Promesse de personnalisation sans risques

L’argument central : vous pouvez adapter les agents à vos métiers tout en gardant vos données sous contrôle, sans qu’elles alimentent les modèles globaux. Pour les métiers réglementés (finance, juridique, santé…), c’est un point sensible.

Effet de mode autour des “agents IA”

Le terme « agent » donne l’impression de systèmes plus autonomes que de simples chatbots. Beaucoup y projettent déjà des capacités d’automatisation très avancées, souvent au-delà de ce qui est réellement déployable aujourd’hui.

En résumé, on parle beaucoup de ces annonces parce qu’elles renforcent un récit : celui d’une entreprise pilotée par des agents IA spécialisés. La réalité opérationnelle est plus nuancée.

4. Ce que cela change concrètement (ou pas)

Pour un business « normal », l’impact dépend de deux choses : votre degré d’intégration à l’écosystème Microsoft, et votre maturité sur les données et processus.

Ce que cela peut effectivement permettre

Workflows un peu plus structurés autour de Copilot

Au lieu d’un Copilot « généraliste » qui fait un peu de tout, vous pouvez envisager :

– un agent pour l’onboarding RH (documents d’accueil, checklists, formation),
– un agent pour l’aide à la préparation commerciale (synthèse d’emails, préparation de RDV),
– un agent pour le support de premier niveau (FAQ, routage des demandes),

qui collaborent sur une même demande (par exemple, arrivée d’un nouveau commercial : RH + IT + manager + formation).

Pour tester ce type de workflows sans développement lourd, Make.com peut servir de socle d’automatisation no-code entre vos outils existants : https://www.make.com/en/register?pc=ugosejou.

Personnalisation sur vos métiers

En ajustant les agents via Copilot Studio, vous pouvez leur faire intégrer :

– vos procédures internes (validation des devis, règles de remise, process de support),
– vos modèles de documents (contrats types, propositions commerciales, templates RH),
– vos bases de connaissances internes (FAQ, wiki, documentation produit).

Alignement avec des modèles sectoriels

Si vous disposez déjà de modèles spécialisés via Azure (ou via un partenaire), vous pouvez les exploiter dans le même environnement Copilot plutôt que multiplier les outils.

Ce que cela ne change pas (au moins à court terme)

La complexité de vos processus métiers

Un mauvais processus restera un mauvais processus, même orchestré par plusieurs agents. Sans travail préalable de clarification et de simplification, l’orchestration ne fera qu’ajouter une couche de complexité.

La nécessité d’une gouvernance des données

Pour que les agents soient utiles, il faut des données bien structurées, accessibles, sécurisées. Les problèmes classiques (données non à jour, doublons, absence de droits précis) restent là.

La dépendance à Microsoft

Plus vous misez sur ces agents, plus vous ancrez vos flux critiques dans Microsoft 365, Azure, Copilot Studio, et ses connecteurs (MCP, etc.).

5. À qui c’est réellement utile

Profils d’entreprises pour lesquelles cela vaut la peine de s’y intéresser

PME déjà bien ancrées dans Microsoft 365 / Azure

Si vos équipes travaillent massivement dans Teams, Outlook, SharePoint, et que votre SI est déjà aligné sur Azure, ces nouveautés sont une extension naturelle, surtout si vous avez des flux récurrents (onboarding, support, projets).

Entreprises avec plusieurs départements et processus transverses

Dès que les workflows impliquent plusieurs fonctions (commercial, support, finance, logistique), l’idée d’agents spécialisés qui se coordonnent devient plus pertinente.

Organisations avec enjeux de conformité et de gouvernance

Pour les secteurs sensibles, la promesse de tuning d’agents sans exposer vos données à l’entraînement des modèles de base est un argument fort, à condition d’avoir déjà une politique de sécurité structurée.

Profils pour lesquels cela a peu d’intérêt immédiat

Très petites structures (TPE sans SI structuré)

Si votre organisation repose sur quelques personnes, des process oraux et des outils simples (email, suite bureautique sans intégration avancée), la mise en place d’agents orchestrés sera souvent surdimensionnée.

Entreprises non-Microsoft ou très peu outillées

Si vous êtes principalement sur d’autres suites (Google, outils SaaS sectoriels sans intégration forte à Microsoft), le coût d’entrée en temps, en licences et en intégration dépasse largement le bénéfice à court terme.

Structures sans référent data / SI

Sans personne capable de cadrer les usages, paramétrer Copilot Studio et gérer les droits, vous risquez un déploiement brouillon, coûteux et peu utilisé.

6. Limites, risques et angles morts

Plusieurs points appellent à la prudence :

Dépendance forte à l’écosystème Microsoft

Sécurité, conformité, connecteurs, orchestration : tout repose sur la plate-forme Microsoft (M365, Azure, AI Foundry, MCP). Cela peut être un atout (cohérence) ou un risque (verrouillage fournisseur).

Complexité opérationnelle

Orchestrer plusieurs agents, même « sans code », nécessite :

– de comprendre vos processus métiers en détail,
– de définir qui fait quoi, dans quel ordre, avec quelles données,
– de maintenir ces scénarios dans le temps (changements d’organisation, nouvelles offres, nouvelles règles).

Coûts cachés

Au-delà des licences, il faut intégrer :

– le temps de paramétrage et de tuning,
– la maintenance des connecteurs et des accès,
– la formation des utilisateurs,
– la supervision des résultats (qualité, dérives, erreurs).

Performance réelle encore floue

Plusieurs points restent peu documentés :

– la performance des agents multi-tâches sur des cas hétérogènes,
– la disponibilité des connecteurs dans tous les pays/secteurs,
– le coût total de possession sur 2–3 ans.

Risque d’“IA-washing” des processus

Risque fréquent : on colle des agents sur des tâches simples ou mal définies, sans vrai bénéfice, simplement parce que la fonctionnalité existe. On crée alors des « gadgets IA » plutôt que des gains productifs mesurables.

7. Lecture stratégique : que doit faire un dirigeant de TPE/PME ?

En l’état, la bonne approche n’est ni l’ignorance complète, ni le déploiement massif. Elle se situe entre surveillance active et tests ciblés.

On peut distinguer trois niveaux de recommandation :

1) Si vous êtes peu ou pas investi dans Microsoft 365 / Azure

Position : ignorer pour l’instant

Concentrez-vous sur des usages IA plus simples et directement reliés à vos outils actuels (CRM, ERP, helpdesk, etc.). Ces annonces ne justifient pas à elles seules une migration vers Microsoft.

2) Si vous utilisez déjà Microsoft 365 mais sans structure SI forte

Position : surveiller, sans se précipiter

– Restez informé des évolutions de Copilot, mais ne lancez pas de gros projets multi-agents.
– Expérimentez éventuellement un usage simple de Copilot (assistants individuels) avant de parler d’agents orchestrés.
– Profitez-en pour cartographier vos processus clés : où sont les vraies frictions ? quelles données sont nécessaires ? qui est responsable de quoi ?

Pour organiser cette veille et ces choix de manière structurée, voir Structurer sa veille IA pour des décisions business en PME.

3) Si vous êtes une PME structurée, très intégrée à Microsoft

Position : tester de manière contrôlée, sur 1 à 3 scénarios précis

Par exemple :

Onboarding de nouveaux employés
Agents RH + IT + manager qui gèrent documents, accès, planning de formation, FAQ.

Support client de premier niveau avec escalade
Agent de tri des demandes, agent FAQ métier, agent d’escalade vers l’équipe compétente.

Gestion coordonnée de campagnes marketing
Planification, production de contenus, suivi des retours, coordination avec les commerciaux.

Conditions de réussite :

– Définir dès le départ 2 ou 3 indicateurs de succès (temps gagné, taux de résolution au premier contact, réduction des erreurs, satisfaction interne/clients).
– Limiter le périmètre à un ou deux départements pilotes.
– Mettre un référent métier + un référent SI/data sur le projet.
– Prévoir un point de revue à 3–6 mois : continuation, ajustement, ou arrêt.

8. Conclusion : prioriser la clarté, pas l’effet de mode

Copilot Wave 2 et l’orchestration multi-agents s’inscrivent dans une stratégie claire de Microsoft : faire de son écosystème la colonne vertébrale de l’IA en entreprise.

Pour une TPE/PME, l’enjeu n’est pas de suivre la cadence des annonces, mais de répondre à une question simple : où l’automatisation par agents pourrait-elle réellement simplifier un processus mesurable, avec des données fiables et des équipes prêtes à l’utiliser ?

Tant que cette réponse n’est pas claire, ces nouveautés doivent rester au stade de la surveillance ou de tests très encadrés, pas d’un déploiement massif.

Dans l’IA comme ailleurs, ce n’est pas l’outil qui fait le ROI, c’est la qualité du problème que l’on choisit de traiter.

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